Dans quelle mesure le prince de Galles devrait-il s’inquiéter de l’arrestation de son oncle Andrew Mountbatten-Windsor ? Un journal de taille moyenne a déjà laissé un espace à l’un de ses chroniqueurs pour affirmer que le roi devrait abdiquer, et le président Donald Trump a fait remarquer que c’était « tellement mauvais pour la famille royale ».
Un grand journal a estimé que l’arrestation d’Andrew représentait une menace plus grave pour la monarchie que l’abdication d’Édouard VIII en 1936, sur la base que le duc de Windsor avait au moins le récit séduisant selon lequel il abandonnait le trône par amour.
L’arrestation d’Andrew, soupçonné de mauvaise conduite dans l’exercice d’une fonction publique, est-elle donc la faille dans le barrage qui entraînera la Grande-Bretagne vers une république ? Ma prédiction est que non, pour trois raisons.
Première raison : le paradoxe de l’arrestation
L’arrestation est à bien des égards une accélération de l’histoire d’Andrew, mais c’est aussi un frein. La loi sur l’outrage au tribunal (1981) stipule que les journaux doivent éviter de nuire à un éventuel procès une fois que la procédure est active, ce qui est actuellement le cas. Andrew est un cas particulier : la presse a estimé que l’énorme intérêt du public pour cette affaire justifiait une couverture médiatique plus large le jour de son arrestation et de sa libération sous enquête.
Mais, de manière générale, plus un cas évolue, moins il est possible de le signaler. Pour les cas conventionnels, lorsqu’une personne est inculpée, le signalement se limite à son nom, son âge, son adresse, l’infraction et des détails de procédure secs comme les noms des avocats.
Mark Stephens, avocat-conseil de Howard Kennedy, affirme que les procédures pour outrage au tribunal ne s’appliquent qu’aux allégations de mauvaise conduite d’Andrew dans l’exercice de ses fonctions publiques et que la presse est donc toujours libre de rendre compte d’allégations sans rapport avec son rôle d’envoyé commercial. Andrew a toujours nié tout acte répréhensible.
Deuxième raison : le dilemme de la définition
La mauvaise conduite dans l’exercice d’une fonction publique est si difficile à définir que la Commission des lois, qui conseille les ministres sur la réforme du droit, a plaidé pour son abolition et son remplacement par deux autres infractions.
L’infraction n’est pas définie par la loi mais par la jurisprudence remontant à 1783. Selon le groupe de réflexion Institute of Government, les procureurs doivent franchir une « barre haute » pour établir que l’infraction est suffisamment grave. « Le seuil est élevé, exigeant une conduite tellement en deçà des normes acceptables qu’elle équivaut à un abus de confiance du public envers le titulaire de la charge. »
Troisième raison : l’absence de risque juridique
L’arrestation d’Andrew n’a aucune conséquence juridique sur le reste de sa famille. Sir Vernon Bogdanor, constitutionnaliste et professeur de gouvernement au King’s College de Londres, a déclaré au Times : « L’arrestation d’Andrew Mountbatten-Windsor ne soulève aucune question constitutionnelle. »
Le danger pour la monarchie ne réside donc pas dans l’action en justice elle-même, mais dans la perception qu’elle crée.
La couverture médiatique de l’arrestation est un théâtre médiatique : fascinante à regarder mais pas nécessairement conséquente. Cela encouragera les gens qui étaient déjà républicains, mais il faudrait un changement à grande échelle dans l’opinion publique avant que les dirigeants politiques traditionnels ou les médias conservateurs ne s’attaquent à la famille royale dans son ensemble.
Ce n’est pas comme si Andrew était une figure populaire avant son arrestation. Le sondage le plus fiable à ce sujet est celui de YouGov, qui interroge le public sur la popularité d’Andrew depuis octobre 2019, un mois avant son désastreux BBC. Newsnight entretien. La proportion de personnes exprimant une opinion positive à l’égard d’Andrew est passée de 22 pour cent avant l’entretien à 11 pour cent après. Le sondage le plus récent de YouGov, en janvier 2026, le plaçait au plus bas historique de 3 pour cent.
Une raison pour « calmer » William
William devrait-il craindre que lui et d’autres membres de la famille soient humiliés par l’association ? Il a été entendu lors des Bafta Film Awards dire qu’il n’était pas « dans un état calme » adapté pour regarder ce drame poignant. Hamnetmais le côté positif est que sa popularité n’est pas liée à celle de son oncle.
La note de William est en fait passée de 81 pour cent à 83 pour cent après l’apparition d’Andrew sur Newsnight tandis que celui du roi (alors celui du prince de Galles) est resté stable à 58 pour cent.
La popularité de William s’élève à 77 pour cent le mois dernier, maintenant sa position de membre le plus populaire de sa famille et montrant que le public ne le considère pas, lui et Andrew, comme une seule unité. En effet, William est sur une trajectoire ascendante alors qu’il se remet de la baisse de sept points de pourcentage suite à la publication des mémoires du prince Harry. De rechange en janvier 2023.
YouGov n’a pas encore mené de sondage comparable depuis l’arrestation d’Andrew, mais des sondages récents sur l’ancien duc d’York montrent un fort soutien du public à la décision du roi et du prince de Galles de lui retirer ses titres.
Mais même si le Royaume-Uni ne manifeste pas encore d’aspiration à une république, il existe un risque plus tangible que les 14 pays du Commonwealth qui ont le roi comme chef d’État revisitent les débats sur leur constitution. Si les politiciens britanniques souhaitent poursuivre le retrait d’Andrew de la ligne de succession, où il occupe la huitième position, ils devront obtenir l’approbation de ces pays. Est-ce une boîte que le gouvernement britannique souhaite réellement ouvrir ?




