Un voyage qui a commencé comme une expédition à travers certains des paysages les plus reculés et les plus époustouflants de la planète a pris une tournure dévastatrice, alors que les autorités sanitaires confirment une épidémie virale rare et mortelle à bord du navire de croisière MV Hondius.

Ce qui était censé être un voyage unique est devenu une urgence médicale étroitement contrôlée, avec des passagers confinés dans leurs cabines, des familles séparées à huis clos et un sentiment croissant d’incertitude qui pèse sur le navire.

Le 6 mai, l’Organisation mondiale de la santé a confirmé que l’épidémie était liée à la souche andine du hantavirus, une variante rare et particulièrement dangereuse originaire d’Amérique du Sud, principalement d’Argentine et du Chili. Contrairement à d’autres formes d’hantavirus, qui se transmettent généralement par contact avec des rongeurs infectés, la souche Andes comporte un risque supplémentaire et profondément préoccupant. Cela peut se propager d’une personne à l’autre.

Un bateau-ambulance transportant des membres d'équipage portant des combinaisons de protection contre les matières dangereuses à l'approche du navire de croisière MV Hondius©AFP via Getty Images
Un bateau-ambulance transportant des membres d’équipage portant des combinaisons de protection contre les matières dangereuses à l’approche du navire de croisière MV Hondius

Selon les Centers for Disease Control and Prevention, il reste la seule souche connue d’hantavirus avec une transmission interhumaine documentée, ce qui augmente considérablement les enjeux pour les personnes à bord.

Le navire, transportant près de 150 passagers, avait appareillé d’Argentine lorsque les premiers signes de maladie ont commencé à apparaître. Début mai, huit cas suspects avaient été liés au navire, dont trois confirmés par des tests en laboratoire. Au moins trois passagers sont morts.

Le navire devrait se diriger vers les îles Canaries après l'évacuation d'un certain nombre de patients infectés, où les autorités espagnoles mèneront une enquête approfondie et une désinfection.© Anadolu via Getty Images
Le navire devrait se diriger vers les îles Canaries après l’évacuation d’un certain nombre de patients infectés, où les autorités espagnoles mèneront une enquête approfondie et une désinfection.

Pour ceux qui sont encore à bord, l’expérience est passée de l’aventure au confinement. Les passagers ont été priés de rester à l’intérieur de leur cabine pendant que les responsables de la santé s’efforcent de limiter l’exposition, tandis que des protocoles sanitaires améliorés ont été mis en œuvre sur tout le navire. L’environnement autrefois social de repas partagés, d’excursions et d’espaces communs a été remplacé par l’isolement, la précaution et la peur.

Les symptômes de l’hantavirus peuvent mettre des semaines à apparaître, se développant souvent entre deux et huit semaines après l’exposition. Les premiers signes peuvent paraître trompeusement légers (fatigue, fièvre, douleurs musculaires et nausées), avant de dégénérer rapidement en complications respiratoires plus graves.

Il n’existe pas de traitement spécifique. Les soins sont largement de soutien et axés sur la gestion des symptômes à mesure qu’ils se développent. La souche andine entraîne cependant un taux de mortalité particulièrement élevé, les autorités sanitaires estimant qu’environ 40 pour cent des cas peuvent être mortels.

Personnel de santé revenant du bateau de croisière MV Hondius©AFP via Getty Images
Personnel de santé revenant du bateau de croisière MV Hondius

Ce qui rend cette épidémie particulièrement complexe est la possibilité que le virus ne soit plus confiné à sa source d’origine.

« S’il n’y avait que des rongeurs à bord du navire, alors faire sortir les gens du navire et ne pas exposer d’autres personnes aux rongeurs à bord du navire devrait suffire à arrêter la propagation », a déclaré le Dr Emily Abdoler, professeure clinique agrégée de médecine, dans des commentaires rapportés par NPR. « Mais avec le virus des Andes, faire descendre les gens du navire n’arrête pas la propagation. »

Ce changement a contraint les responsables de la santé à repenser leur réponse en temps réel. Les premières hypothèses suggèrent que les personnes infectées pourraient avoir contracté le virus avant de monter à bord du navire. Cependant, il est de plus en plus évident que des contacts étroits entre passagers, en particulier ceux partageant une cabine ou voyageant en couple, pourraient avoir contribué à une transmission plus poussée.

Trois personnes, deux membres d'équipage et une autre personne, soupçonnées d'être infectées par le virus, ont été évacuées du MV Hondius.©AFP via Getty Images
Trois personnes, deux membres d’équipage et une autre personne, soupçonnées d’être infectées par le virus, ont été évacuées du MV Hondius.

« Notre hypothèse est qu’ils ont été infectés à bord du bateau et ont ensuite rejoint la croisière », a déclaré l’épidémiologiste Maria Van Kerkhove lors d’un briefing de l’OMS. « Cependant, nous pensons qu’il pourrait y avoir une transmission interhumaine entre contacts très étroits. »

L’hantavirus lui-même n’est pas nouveau. Elle est généralement associée à l’exposition à des rongeurs tels que les souris sylvestres, les rats cotonniers et les rats riz, l’infection se produisant par contact avec leur salive, leur urine ou leurs excréments.

Ce qui rend cette situation différente, c’est la tension. Le variant andin se comporte d’une manière qui remet en question les stratégies de confinement traditionnelles, en particulier dans les environnements clos comme les navires de croisière, où la proximité et l’espace partagé sont inévitables.

Des évacuations avaient lieu le 6 mai 2026 à partir d'un bateau de croisière touché par une épidémie mortelle d'hantavirus, a indiqué l'Organisation mondiale de la santé, alors que les experts confirmaient une souche rare pouvant être transmise entre humains.©AFP via Getty Images
Des évacuations avaient lieu le 6 mai 2026 à partir d’un bateau de croisière touché par une épidémie mortelle d’hantavirus, a indiqué l’Organisation mondiale de la santé, alors que les experts confirmaient une souche rare pouvant être transmise entre humains.

Malgré la gravité de l’épidémie à bord, l’OMS a souligné que le risque pour l’ensemble de la population mondiale reste faible. L’organisation continue de surveiller la situation de près, en travaillant avec les autorités internationales pour retracer les expositions potentielles et empêcher une nouvelle propagation.

Pour ceux qui sont à bord du MV Hondius, cependant, la réalité est bien plus immédiate. Un voyage qui a commencé par anticipation est devenu un exercice d’attente. Attendre que les symptômes disparaissent, que la clarté émerge, que le moment où il soit à nouveau possible de sortir en toute sécurité.

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